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Discours d'ouverture

Ouverture de l’Année Académique 2020 - 2021, samedi 10 octobre 2020




Le mot du Doyen

 

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« Apprendre à se taire pour écouter ce que l’Esprit dit à l’Église. »

Ce sont les mots prononcés par saint Jean de Paris, fondateur de notre Institut, dans une de ses allocutions dressant le bilan d’une année académique. On pourrait l’inscrire, à la mode antique, sur le fronton de notre maison. En maintes circonstances, d’ailleurs, celui qu’on appellera encore longtemps l’évêque Jean de Saint-Denis, use de ces termes qui sont comme un rappel à la vigilance, pour l’âme assoiffée de la Parole divine, d’être d’abord à son écoute, afin qu’elle n’ait plus jamais soif comme dit le Christ à la Samaritaine, si lasse de venir puiser de l’eau au puits de son village. Est-il besoin d’en dire la raison ?


Cette Parole ne s’entend que dans le silence extérieur et intérieur ; et surtout dans le silence intérieur, quand les mots se détachent de la page blanche, symbole du calme de l’âme, quand l’esprit cesse de tout régenter selon l’ordre humain, et que le cœur se repose de son fleuve d’émotions.


Mais on peut dire mieux encore : que la Parole est le Verbe en personne, que les mots portent  témoignage du Dieu vivant, car à ce moment précis le silence devient l’auréole sacrée du Verbe venu nous sauver, venu renverser une nouvelle fois l’ordre du monde et le rétablir en sa splendeur initiale, comme l’explicite, selon la tradition russe, la planche en biais au bas de la croix orthodoxe, qui symboliserait la chute dont le sacrifice du Christ nous relève.
À sa façon, sur son mode particulier et paradoxal de l’humilité et de l’ambition, l’Institut Saint-Denys se fait le porte-voix de l’enseignement du Christ Lui-même, des Écritures préchristiques, et des messages des Pères qui en ont recueilli, secrété et analysé la substance vivifiante.

Pour marquer encore davantage la nécessité de l’enseignement théologique, qu’il me soit donc permis en cette occurrence de citer ces quelques lignes de saint Jean de Paris que l’équipe en charge de l’organisation matérielle de la canonisation de nos hiérarques en ce début d’année, a sélectionnées pour les proposer à la lecture de tous les participants de cette fête, et aux nombreux visiteurs qui leur ont succédé :

La tragédie du péché originel consiste en ce que le monde s’est renversé.

    • l'esprit devait se nourrir de Dieu et Le respirer ;
    • l’âme se nourrir de l’esprit et le respirer,
    • le corps se nourrir de l’âme et la respirer,
    • et le cosmos se nourrir du corps humain et le respirer.

Forts de ces paroles fondamentales, qui pourraient résumer notre feuille de route pour accomplir notre devoir de chrétien, et je serais tenté de dire notre devoir d’homme tout simplement, nous sommes conviés une fois encore à écouter les paroles qui nous révèlent Dieu. Paroles d’enseignement dont nous pouvons faire les outils humains de la Théophanie qui, de la crèche à la Transfiguration, en empruntant le chemin de la croix et de la Résurrection, nous révèlent à nous-mêmes, nous familiarisent avec notre intimité pour nous délivrer des scories et des miasmes qui encombrent nos âmes, et nous replacent dans l’orbite divin. Oui, la théologie, quand elle se fait servante du Verbe, inaugure une souveraine révolution, inaccessible à notre finitude mais que la Parole de Dieu écoutée, apprivoisée et aimée rend possible, à l’exemple de la vie de Marie, la Mère de Dieu, méditant en son cœur absolument pur les paroles de son Fils.

Enfin un dernier mot qui s’adresse en priorité à tous ceux qui sont encore intimidés, ou inquiets à l’idée d’entreprendre des études de théologie : comme dans toute école, il y a l’enseignant et l’enseigné, celui qui espère savoir pour transmettre mieux et plus, celui qui croit qu’il ne sait rien, et en est effrayé. En vérité c’est une illusion, le savoir est chose fragile et provisoire, et revêt de toutes façons mille visages, car nous sommes ensemble, tous ensemble,  les apprenants perpétuels de la beauté divine qui rayonne sur le monde, de la justice divine qui discerne tout et de la miséricorde divine qui pardonne tout.

Tout au long de cette année traçons et parcourons ensemble un chemin de lumière, d’espérance et de joie.

 


Discours d'ouverture de Monseigneur Germain, Recteur

 

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L’alliance de la contemplation et de l’action dans les conditionnements de l’existence contemporaine,
au XXIe siècle, en France et en Occident en général.

 

 

Se pose immédiatement la question : est-ce possible
Il s'agit d'un sujet général que l'on trouve toujours dans notre vie de chrétiens, celui de l’ascèse.

Les chrétiens ont besoin d’une ascèse personnelle qui ne doit rien à la communauté. Nous venons à la divine liturgie mais l’homme a besoin de quelque chose qui est hors texte, qui est personnel… et que les Russes évoquent ainsi : « Il est nécessaire de te se sauver ». Objectif-subjectif. En terme un peu plus savant, on parle de cette ascèse, comme praxis et theoria. Praxis, c’est l’action, theoria, c’est la contemplation. C’est le sceau que l’on trouve chez Platon et aussi chez les Pères de l’Église et en particulier, même s’il ne l’exprime pas ainsi, chez Paul qui est le grand maître de l’ascèse personnelle.

On a publié récemment un livre de David Goodheart : « La tête, la main et le cœur ». (Vous allez comprendre comment on passe de ce titre-là à celui que je vais vous décrire.) C’est un de ces Anglais d’autant plus intelligents qu’ils veulent avoir l’air bête - méfiez-vous ! Il critique la prédominance de la classe « cognitive » : il critique la tête (celle des diplômés issus de l’enseignement supérieur au sein des sociétés occidentales) qui domine au détriment de métiers qui font appel à l’habileté physique : le cœur et la main. Selon lui la crise du coronavirus a mis en lumière ce qu’avait d’injuste cette hiérarchie des métiers, plaçant en bas de l’échelle des professions qui ont prouvé leur utilité pendant la pandémie, mais qui sont pourtant peu considérées et mal payées. Il prône la reconnaissance et la valorisation d’un éventail plus vaste de compétences humaines et leur accès à un prestige social nouveau.

Autrement dit, il s’est emparé d’une triade. Quand vous voulez essayer de comprendre quelque chose dans l’univers, prenez des triades. Vous pouvez vous fonder sur elles. Elles sont évidentes et indémontrables. Cet Anglais a pris comme triade : la tête, la main et le cœur. Que signifie « praxis et theoria » : action et contemplation. Le roi David dit dans le psaume 119 au verset 5 : « Puisse mes actions être bien réglées. » Saint Matthieu (Mt 23,10) dit : « Ils font leurs actions pour être vus des hommes. » Le prophète Ézéchiel, au chapitre 2 : « Vous manifestez vos péchés dans toutes vos actions. » Autrement dit, nos actions trahissent notre conscience. En ce qui concerne la contemplation : le mot est très rarement utilisé dans la Bible. Par contre, le roi David, dans le psaume 119, au verset 18, dit : « Je contemple les merveilles de ta loi. » ; et Jean, au chapitre 1 : « Quiconque contemple le Fils a la vie éternelle. » Le but immédiat de ce que j’essaie de vous présenter est de poser la question de l’union de la contemplation et de l’action. Est-ce possible ? Il convient de trouver l’attitude du roi David qui dit : « Je contemple tes merveilles. » et « Je veux bien régler mes actions. » Je ne sais si vous êtes saisis aux entrailles par ce type de questions.

Monseigneur Jean, qui certainement inspire la plupart de nos cours, disait : « Peut-on saisir spontanément dans la même vie, l’intériorisation de l’être et son extériorisation dans l’action. » Ces deux moments sont deux absolus, indispensables à notre existence. L’intériorisation ou la contemplation se trouve dans l’arbre de vie… sur le regard intérieur du paradis qui vit à l’intérieur de notre propre être. L’extériorisation et l’action viennent d’un commandement biblique que nous connaissons tous : « Croissez et multipliez. » Ces deux choses représentent le premier et le deuxième commandements. C’est un travail difficile parce que nous avons de très nombreux ennemis. Lesquels ? Les soucis extérieurs qui exigent l’action : gagner son pain, nourrir sa famille, faire des affaires, s’occuper des migrants… Un grand souci à l’heure actuelle : le virus, les agitations… Deuxième catégorie d’ennemis : nos pensées, même les pensées métaphysiques, philosophiques, et même les bonnes pensées sur Dieu. Ce sont les plus dangereuses. Surtout ne pensez pas sur Dieu, ni ne pensez Dieu tout cours. Saint Isaac le Syrien dit : « Quel est le dernier piège de l’homme ? Dieu Lui-même. » Parce que Dieu se met à l’écart afin que l’homme se présente. Je ne sais si vous avez des relations avec la Divine Trinité à travers la divine liturgie ou la vie personnelle. Chaque fois que vous approchez d’Elle, Elle se recule en disant : « Moi, Je ne suis pas intéressante… mais toi, c’est toi qui comptes. » La relation avec la Divine Trinité est très difficile. Elle nous échappe. Saint Grégoire de Nazianze disait : « Un jour j’ai voulu savoir qui est le Saint-Esprit… j’ai chassé toutes mes pensées… j’ai fait fi de toutes mes expériences, de toutes mes contemplations… je me suis approché mais la montagne m’a caché la réalité du Saint-Esprit. » Et qu’est-ce que la montagne ? la nature humaine du Christ. Dieu a promu la nature humaine du Christ au détriment de sa nature divine. « Je ne suis que Dieu… mais toi l’homme, tu es intéressant. » C’est prodigieux.

On parle du « Bon Dieu ». On dit au Christ : « Tu es bon ». Ce n’est pas intéressant. On peut dire que Dieu est bon parce que nous ne le sommes pas. Mais Dieu est beau… dans la Genèse il est dit : « Dieu vit que cela était beau ». C’est un acte créateur. La beauté est dans la création, mais la bonté, elle, n’y est pas. « Dieu tout puissant ». Puisque Dieu est tout puissant, Il peut tout. Alors moi, je n’ai rien à faire. D’autres ennemis : nos tendances. L’un est actif, l’autre est contemplatif… plus ou moins. Ensuite, les pressions du monde contemporain. Obsession de rentabilité, obsession de production. Ou encore, le péché. Saint Augustin parlait de « péché originel ». Disons plutôt le « péché à l’origine » parce que « originel » indiquerait qu’il fait partie de la création. Le péché originel est intéressant en ce qu'il est la rupture de l’amour. Dans les difficultés, on retrouve le grand maître de la praxis et theoria, saint Paul. Dans l’épître aux Romains, il dit : « J’ai la volonté et non le pouvoir de faire le bien. Je ne fais pas le bien que je veux, je fais le mal que je ne veux pas.» Et ensuite: « Je trouve en moi cette loi : quand je veux faire le bien, je trouve que le mal est attaché à moi. »

Que faire ? Il y a à découvrir qu’en chaque homme se trouve une opposition qui le crucifie : l’homme intérieur prend plaisir à la loi de Dieu, et, en même temps, est prisonnier de la loi du péché. «Vous n'êtes pas de ce monde » dit le Christ. Et cependant la nécessité de la vie nous appelle à la réalisation dans le monde. Comment unir intériorisation et extériorisation. Comment vivre dans le monde sans être conditionné par lui ? Pensez-vous que ce siècle s’extériorise plus que les autres ? Probablement pas plus que d’autres. Les contemplations d’un chercheur scientifique ne sont pas très éloignées de celles d’un homme de méditation. Le chercheur s’isole de la rue, il s’isole dans un laboratoire. Ses contemplations sont caractérisées par un silence qui a le même caractère que celui d’un conducteur de bus.

Comment unir vie contemplative et vie active, vie intérieure et vie extérieure - aussi bien individuellement qu’en communauté. Considérons la cité dans laquelle nous vivons. S’il n’y a pas de contemplatifs dans une société, elle est malade, car nous formons un tout. L’apôtre Paul dit : « Luttez avec moi. » Il ne dit pas : « Je lutte… » Nous devons donc davantage accueillir les individus qui sont plus actifs que contemplatifs et réciproquement. Les moines sont-ils utiles ou non ? Après le concile de Vatican II, j’étais allé à Mulhouse où j’avais visité, introduit par l’un de nos diacres, une trappe très célèbre. L’abbé me reçoit et me dit : « Je suis tout seul. Les moines ont commencé à penser que comme l’Église se libérait de certains carcans… il fallait qu’ils deviennent actifs dans le monde. Ils sont partis sur les docs de Bordeaux ! Quand ils sont arrivés, ils ont voulu se rendre utiles. Mais les dockers ont dit : ‘ de quoi, de quoi, vous voulez prendre notre travail, retournez chez vous .’ Je vais les voir revenir bientôt.» Les moines se mettent à l’écart, et, tandis que nous étouffons dans nos sociétés, ils respirent et délivrent le monde de l’asphyxie. Il n’y a pas de mauvaise raison pour devenir moine. Un homme s'était fait moine à la suite d’un amour déçu et il était devenu misanthrope. L’abbé l’a mis à l’accueil, à la porte. « Quand les visiteurs viendront, tu diras à chacun : ‘Comme je suis content de vous voir’. » Alors tout bougon, il s’exécutait. Au bout d’un an il était vraiment content de les voir, alors l’abbé l’a mis à faire le pain.

Premièrement chacun doit se scruter et se reconnaître pour ce qu’il est : plutôt actif, plutôt contemplatif, les deux ? Aussi, que chacun se dise : j’agis avec ceux qui agissent, je contemple avec ceux qui contemplent en vertu de cette mystérieuse communion universelle. Un moine avait fait vœu de ne jamais parler. On le consultait d’un peu partout. « Qu’est-ce que la communion des saints ? » Il a pris sa soutane, l’a levée vers le ciel… puis descendue au sol… : un monte, tous montent, un descend, tous descendent. Si tu t’élèves, tu élèves tous. Si t’abaisses, tu abaisses tout le monde. Il faut se souvenir que tous les hommes sont appelés et à l’action et à la contemplation. C’est-à-dire et à l’amour du prochain et à l’amour de Dieu. Cet appel sur les deux commandements est crucifiant, partculièrement à notre époque. Les foules recherchent la contemplation qu’elles n’ont pas. Et souvent, dans les monastères, on se réserve d’agir. Dans certains monastères - surtout parmi ceux qui sont dans les déserts - comme il n’y a rien à faire là-bas, les moines vont de temps à autres déplacer les pierres. Peut-on simultanément cultiver prière et action, intériorisation et extériorisation. Il Faut être clair : en principe, oui, en pratique, non. Le Christ est Fils de Dieu et en même temps Il est l’homme parfait. Pendant 30 ans Il contemple ; Il agit 3 ans. L’évêque Jean disait : « Chez nous les prêtres et les évêques, on contemple 3 ans et on agit 30 ans. Nous ne sommes pas des gens sérieux. » Nous consacrons un dix-millième de notre temps à la contemplation. Le monde exige notre action. Il est démontré que l’action est d’autant plus efficace que la préparation est grande et profonde. Mais il est certain que nous ne pouvons imiter le Christ. Lui est Dieu qui devient homme nous, nous sommes des hommes qui devenons des dieux. Il existe un livre, l’Imitation de Jésus-Christ - nos grands-pères, nos grand-mères lisaient cela -, mais le Christ est inimitable ; quoique l’apôtre dise : « Vous pouvez m’imiter, moi quand j’imite le Christ… mais ne m’imitez pas en tout. »

Je suis allé très souvent en Roumanie. J'y rencontrais le ministre des cultes, un homme très cultivé. À ce moment-là (époque de Ceausescu), ils étaient en train - dur travail - de transformer tous les monastères en lieux de tourisme. Je lui avais dit : « Regardez comment les moines travaillent. Ils découpent la journée en période et ils ont des rendements nettement supérieurs à vos kolkhozes. » Nous qui ne sommes pas moines, nous avons besoin de rythme, d'essayer de vivre ces deux attitudes d’action et de contemplation, de lier cœur et action. Et ce, chacun selon ses possibilités. Le saint archevêque Jean de San Francisco disait : « J’ai trop à faire pour ne pas prier. » Il priait sept heures par jour. Nous devons considérer aussi deux autres choses. Comme le signe de la croix nous le fait comprendre, la prière n’est pas intellectuelle. Elle est la descente de l’esprit dans le cœur. Ce n’est que si la prière-pensée est vécue dans le cœur que l’action est réalisable. La main descend de la tête vers le cœur, puis l’action, les deux bras ouvrent à l'action. La contemplation doit être froide; l’intellect échauffé mène au fanatisme. On commence par contempler, la tête froide, puis on réchauffe dans le cœur et la contemplation peut être considérée comme efficace : on peut commencer à agir. La vie active, alors, ne sera pas une entrave, elle sera, à chaque instant, une entrée dans ce paradis qui réside au cœur de chaque homme. Pour arriver à concilier ces deux choses, il y a nécessité absolue d’entrer dans la lutte spirituelle intérieure. Et là, nous disposons dans l’Église d’une base dogmatique et métaphysique. Dogme : en grec, signifie « opinion ». Mais c’est une opinion fondée par la tradition. On pourrait dire que le dogme est comme une échelle pour aller voir ce qui se passe derrière le mur ! Le mur nous permet de franchir la séparation entre ce qui est objectif et ce qui est subjectif. Nous disposons, également, de la vie liturgique et sacramentelle.

Il y a nécessité d’un troisième point dans l’Église : le perfectionnement de soi-même. C’est un immense travail de purification « hors communauté », mais en s’appuyant sur une base dogmatique. C’est un travail indispensable qui fait entrer dans le combat spirituel. Il ne faut pas penser que ce puisse être rapide. Nous sommes lents et raides. Étant donné la diversité des individus, de leur situation propre - physique, psychique et spirituelle - il convient d’appréhender plusieurs méthodes. Elles sont multiples. Exemple : la tradition des Hindous… assis par terre, contrôle de la respiration, yogas, etc. Cela est rapide, plus rapide que les méthodes chrétiennes qui sont plus spirituelles et moins physiques. Tout peut être valable. Il ne faut pas oublier que la pensée, dont on croit qu’elle n’est pas physique, l’est tout à fait. On peut évoquer en exemple : le souvenir qui revient grâce à une attitude physique. Dans ce domaine, il ne faut pas chercher la difficulté, mais comme dit le Christ : « La porte étroite ». Il dit également : « Mon joug est doux et mon fardeau léger. » Il faut accepter la lenteur du monde physique. Notre croissance y est lente car « l’esprit est prompt et la chair est faible. » Comment travailler à sortir de tout ce dilemme ? Les Pères de l’Église le disent, l’apôtre Paul en parle, Monseigneur Jean également : l’homme est corps, âme, esprit et il faut commencer par le corps. Saint Séraphim de Sarov disait : « Soigne ton corps, c’est ton meilleur ami. » Le corps est un instrument du discernement. Il faut se fier à son corps et, en même temps, se méfier de son corps. Beaucoup pensent, à tort, que le corps retarde l’évolution spirituelle. On méprise la chair, on nie le Verbe incarné, on identifie alors le corps au péché. Si l’on commence à mépriser la chair et le corps, l’orgueil guette, lui qui est de pure nature spirituelle. L’apôtre Paul a été saisi par une chose difficile. Dieu a mis une épine dans sa chair, épine dont Dieu n’a pas voulu le débarrasser : « Ma grâce te suffit. »

Il est essentiel d’accepter l’Incarnation du Verbe et de donner toute sa valeur au monde corporel. Cela, le démon se refuse à l'accepter car lui est de nature spirituelle. Il ne supporte pas que Dieu sculpte l’homme. Il est jaloux de ne pas être incarné, il est jaloux de nos souffrances qui peuvent être purificatrices. Dostoïevski disait : « Le démon est jaloux d’une grosse paysanne russe, jeune, de 20 ans, toute rose et bien en chair. » Satan travaille au mépris de la chair afin de la souiller. Lorsqu’il voit un homme transformer son corps, son âme et son esprit, il s’agace. Il est très difficile de s’expliquer avec des hommes qui nient l’Incarnation. La difficulté inverse existe aussi, elle consiste à ne pas accepter Dieu dans le Christ. « Oui, d'accord… le Christ est un grand personnage, un grand prophète… mais…!»

À partir du phénomène de l’Incarnation, nous pouvons repérer ce que le corps peut nous procurer et à quoi il peut faire obstacle.

 

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